MDP Data Protection aide les éditeurs de logiciels et intégrateurs à anticiper la directive sur la responsabilité des produits défectueux
Responsabilité produits défectueux logiciel : à partir du 9 décembre 2026, votre logiciel peut être qualifié de produit défectueux au sens du droit européen, même s’il n’a jamais été vendu comme un bien matériel. La directive (UE) 2024/2853 étend un régime de responsabilité sans faute au logiciel et à l’IA, et rend vos clauses contractuelles de limitation de responsabilité largement inopposables. Voici ce qui change et comment vous y préparer.
Ce que change la directive (UE) 2024/2853
Adoptée le 23 octobre 2024, publiée au Journal officiel de l’Union européenne le 18 novembre 2024 et entrée en vigueur le 8 décembre 2024, la directive (UE) 2024/2853 abroge et remplace la directive de 1985 sur la responsabilité du fait des produits défectueux, le texte qui, depuis quarante ans, permet à une victime d’obtenir réparation d’un dommage causé par un produit défaillant, sans avoir à prouver une faute.
Les États membres ont jusqu’au 9 décembre 2026 pour la transposer dans leur droit national. C’est aussi la date à partir de laquelle le nouveau régime s’applique aux produits mis sur le marché ou mis en service, le point de bascule est la date de mise sur le marché, pas la date du dommage. Les logiciels et produits déjà commercialisés avant cette date restent soumis au régime de 1985. À la date de rédaction de cet article, aucun texte de transposition française n’a été publié.
Un régime différent du RGPD, du Cyber Resilience Act et de NIS2
Contrairement au RGPD, au Cyber Resilience Act ou à NIS2, cette directive n’est pas un régime de conformité contrôlé a priori par une autorité de régulation. C’est un régime de responsabilité civile : c’est une victime qui doit engager une action devant un tribunal pour obtenir réparation, et non une autorité qui audite ou sanctionne administrativement. Il n’y a ici ni ANSSI, ni CNIL , le juge civil est le seul arbitre.
Le lien avec le Cyber Resilience Act n’en est pas moins direct : là où le CRA impose des obligations de sécurité et de documentation en amont, la directive 2024/2853 organise la réparation en aval, lorsque ces obligations n’ont pas suffi à éviter un dommage.
Voir notre article Cyber Resilience Act : définition, objectifs et calendrier pour le détail du premier régime.
Le logiciel est désormais un « produit » : ce que ça change concrètement
La principale rupture par rapport au régime de 1985 tient à la définition du « produit ». L’article 4(1) de la directive couvre désormais explicitement le logiciel, qu’il soit vendu comme bien autonome, intégré à un objet physique, fourni en mode SaaS, ou qu’il s’agisse d’un système d’intelligence artificielle, indépendamment de la qualification contractuelle retenue par l’éditeur (licence, abonnement, prestation de service). Un éditeur SaaS, un développeur d’application mobile ou un intégrateur qui livre un système d’IA entre donc potentiellement dans le champ de ce régime.
La notion de responsable s’élargit également : au-delà du fabricant, sont désormais concernés les importateurs, les mandataires, les représentants établis dans l’Union européenne, ainsi que les plateformes en ligne lorsqu’elles jouent un rôle actif dans la commercialisation ou la vente d’un produit défectueux, un point qui concerne directement les marketplaces d’extensions, de plugins ou d’applications tierces.
Responsabilité sans faute : ce que la victime doit prouver (et ce qu’elle n’a plus à prouver)
Le principe de responsabilité sans faute, hérité du régime de 1985, est conservé et renforcé. La victime n’a pas à démontrer une négligence ou une imprudence de l’éditeur : elle doit seulement établir trois éléments : le caractère défectueux du produit, le dommage subi, et le lien de causalité entre les deux.
Deux apports sont particulièrement pensés pour les logiciels et l’IA. L’article 10(4) allège la charge de la preuve lorsque la victime rencontre des difficultés excessives à démontrer le défaut ou le lien de causalité, une situation fréquente face à un système complexe ou à une IA dont le fonctionnement interne échappe à un non-spécialiste.
L’article 7 couvre par ailleurs les produits capables d’apprentissage continu après leur mise en circulation, un cas de figure directement pertinent pour les systèmes d’IA qui évoluent après leur déploiement.
Voir notre article : AI Act 2026 : obligations et mise en conformité des organisations sur la question, plus large, de la responsabilité liée à l’IA.
Les exonérations traditionnelles du fabricant sont elles aussi durcies : il ne pourra plus s’exonérer lorsque la défectuosité résulte d’un logiciel, d’une mise à jour ou d’une modification substantielle réalisée sous son contrôle, sauf à démontrer que ces éléments restaient conformes aux exigences de sécurité applicables.

Vos clauses de limitation de responsabilité ne vous protègent plus
C’est le point le plus souvent sous-estimé par les éditeurs de logiciels : la clause classique de limitation de responsabilité présente dans la quasi-totalité des contrats de développement et des conditions générales, la responsabilité du prestataire plafonnée aux sommes versées au titre du contrat, devient largement inopposable face à ce régime. Le dispositif relève de l’ordre public : une victime d’un dommage causé par un défaut du logiciel ne peut pas se voir opposer un plafond contractuel négocié entre l’éditeur et son client, dès lors qu’elle agit sur ce fondement.
Délais d’exposition et fin du seuil de 500 €
Le délai de principe pour agir reste fixé à 10 ans à compter de la mise en circulation du produit, mais ce délai est porté à 25 ans pour les dommages à latence longue, c’est-à-dire ceux qui ne se manifestent que tardivement. Autre évolution notable : le seuil de franchise de 500 € qui, sous le régime de 1985, permettait au producteur d’être exonéré pour les dommages matériels de faible montant, disparaît avec la nouvelle directive.
Ce qu’il faut faire avant le 9 décembre 2026
- Identifier vos produits et services concernés : tout logiciel, module SaaS ou système d’IA que vous mettrez sur le marché ou en service à compter du 9 décembre 2026 entre dans le champ de la directive, quelle que soit sa qualification contractuelle.
- Revoir vos clauses de limitation de responsabilité avec votre conseil juridique : elles restent utiles pour la relation contractuelle entre les parties, mais ne pourront plus être opposées à une victime agissant sur le fondement de la responsabilité du fait des produits défectueux.
- Documenter votre démarche de sécurité et de qualité tout au long du cycle de vie du logiciel, y compris les mises à jour : cette documentation constitue votre meilleure preuve de diligence en cas de mise en cause.
- Vérifier votre couverture d’assurance responsabilité civile professionnelle au regard de l’extension du délai d’exposition et de la disparition du seuil de 500 €.
👉 La documentation technique et la gestion des vulnérabilités déjà exigées par le Cyber Resilience Act constituent un socle de preuve précieux pour se défendre dans un litige de responsabilité produit : voir notre article Cyber Resilience Act : définition, objectifs et calendrier.
FAQ – Responsabilité des produits défectueux et logiciel
Mon logiciel SaaS est-il concerné par la directive UE 2024/2853 ?
Très probablement oui. La directive vise le logiciel en tant que tel, indépendamment de la qualification contractuelle retenue par le fournisseur (licence, abonnement, prestation de service). Un SaaS qui met une fonctionnalité logicielle à disposition dans le cadre d’une activité commerciale relève du régime dès lors qu’il est mis à disposition à compter du 9 décembre 2026.
La directive s’applique-t-elle aux logiciels déjà commercialisés avant décembre 2026 ?
Non. Le nouveau régime ne vise que les produits mis sur le marché ou mis en service à compter du 9 décembre 2026. Les produits antérieurs restent régis par la directive de 1985 et son seuil de franchise de 500 €.
Une clause limitant ma responsabilité dans mes CGV me protège-t-elle encore ?
Pas face à ce régime. Une clause de limitation de responsabilité reste valable entre les parties au contrat pour l’inexécution contractuelle, mais elle est inopposable à une victime qui agit sur le fondement de la responsabilité du fait des produits défectueux, ce régime relevant de l’ordre public.
Quelle différence avec le Cyber Resilience Act ?
Le Cyber Resilience Act est un régime de conformité contrôlé par une autorité : il impose des obligations de sécurité et de signalement en amont, avec des sanctions administratives en cas de manquement. La directive 2024/2853 est un régime de responsabilité civile : c’est une victime qui doit agir devant un tribunal pour obtenir réparation d’un dommage, sans intervention d’une autorité de régulation.
Que dois-je prouver si je suis victime d’un dommage causé par un logiciel défectueux ?
Trois éléments : le caractère défectueux du produit, le dommage subi, et le lien de causalité entre les deux. Vous n’avez pas à démontrer une faute ou une négligence de l’éditeur. Si le produit est complexe (système d’IA notamment) et que la preuve du défaut ou du lien de causalité est excessivement difficile à établir, la directive prévoit un allègement de cette charge de la preuve.
En résumé
- La directive (UE) 2024/2853 remplace le régime de 1985 sur la responsabilité des produits défectueux et s’applique aux produits mis sur le marché à compter du 9 décembre 2026.
- C’est un régime de responsabilité civile devant un tribunal, distinct des régimes de conformité contrôlés par une autorité comme le RGPD, le Cyber Resilience Act ou NIS2.
- Le logiciel, le SaaS et les systèmes d’IA sont désormais explicitement qualifiés de « produits », qu’importe leur qualification contractuelle.
- Les clauses contractuelles de limitation de responsabilité deviennent largement inopposables face à ce régime, qui relève de l’ordre public.
- Le délai d’exposition passe à 25 ans pour les dommages à latence longue, et le seuil de franchise de 500 € disparaît.
- La documentation de sécurité déjà exigée par le Cyber Resilience Act constitue une preuve de diligence précieuse en cas de litige.
Sources
- EUR-Lex – Directive (UE) 2024/2853 du 23 octobre 2024 relative à la responsabilité du fait des produits défectueux
- Assemblée nationale – Question écrite n° 11448 sur les délais de transposition de la directive 2024/2853
- MDP Data Protection – Cyber Resilience Act : définition, objectifs et calendrier
- MDP Data Protection – NIS2 et cybersécurité : obligations et actions clés pour les organisations
- MDP Data Protection – AI Act : une nouvelle dimension de la réglementation
- MDP Data Protection – AI Act 2026 : obligations et mise en conformité des organisations
Pour aller plus loin
- CNIL - Nouvelle édition : Guide 2024 de la sécurité des données personnelles
- MDP Data Protection - Logiciel RGPD : comment choisir la solution idéale pour votre entreprise
- MDP Data Protection —
- Une question sur votre situation ? Parlons-en — réponse sous 48 heures ouvrées.
Les solutions MDP Data Protection
MDP Data Protection et sa méthode CCOS accompagne les organisations dans la mise en conformité multi-réglementaire (RGPD, NIS2 et IA Act...), avec une approche opérationnelle et évolutive.
- SimplyRGPD : Pilotage de votre conformité au quotidien.
- MDP CAMPUS : Notre parcours de sensibilisation en vidéos pédagogiques de 3 à 7 minutes.
Notre Méthode : le Continuous Compliance Operating System - CCOS
Découvrez notre méthode pour passer à une conformité en continu.
Sinon retrouvez un résumé ici : le Continuous Compliance Operating System
Restez à jour sans y passer vos journées
Notre veille réglementaire, une fois par mois. Les textes qui bougent, ce qu'ils changent, ce qu'il faut faire.
À propos de l’auteur
Christophe SAINT-PIERRE est le dirigeant de MDP Data Protection. Expert reconnu en conformité réglementaire, RGPD, NIS2 et AI Act, il accompagne depuis plus de vingt ans les organisations dans leur transformation numérique.
Sa vision stratégique repose sur l'idée que la conformité ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme un véritable levier de compétitivité, de sécurité et de confiance. Engagé pour une souveraineté numérique européenne, il défend également une approche éthique de l'intelligence artificielle et de la cybersécurité. Lire sa biographie complète.









