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La lettre de Léon XIV sur l’éducation, publiée le 28 octobre 2025, demande aux écoles catholiques un discernement explicite sur les plateformes, la protection des données et l’intelligence artificielle. Ce n’est pas un texte réglementaire, mais une boussole. Un an après, voici ce qu’elle dit vraiment du numérique, et ce que ce discernement recouvre concrètement pour un établissement.

La lettre en bref

  • Titre : « Dessiner de nouvelles cartes d’espérance »
  • Signée le 27 octobre 2025, publiée le 28 octobre 2025
  • Occasion : les 60 ans de la déclaration conciliaire Gravissimum educationis
  • Passages sur le numérique : § 1.2, 4.1, 9.1 à 9.3 et 10.3

Lettre de Léon XIV sur l'éducation : plateformes, protection des données et intelligence artificielle
La lettre de Léon XIV sur l’éducation appelle au discernement dans l’utilisation des plateformes numériques, la protection des données et l’intelligence artificielle.

Un texte d’orientation, pas un texte réglementaire

La lettre apostolique a été publiée pour les 60 ans de Gravissimum educationis, la déclaration du concile Vatican II sur l’éducation. Elle s’adresse à l’ensemble des communautés éducatives catholiques : écoles, universités, congrégations, familles, laïcs.

Elle ne crée aucune obligation juridique et ne fixe aucune procédure. Elle donne une direction. C’est précisément pour cela qu’elle intéresse les chefs d’établissement : elle pose les questions auxquelles les règles existantes, RGPD et règlement européen sur l’IA en tête, apportent une partie des réponses pratiques.

Ce que la lettre dit du numérique

Le numérique traverse tout le texte. Dès le préambule, le pape décrit un environnement éducatif « complexe, fragmenté et numérisé » (§ 1.2). Plusieurs passages en font un sujet à part entière.

« Une personne n’est pas un « profil de compétences », ni réduite à un algorithme prévisible, mais un visage, une histoire, une vocation. »

Lettre apostolique, § 4.1

Ni technophobie, ni naïveté

La lettre refuse les deux réflexes opposés. Les technologies « doivent servir les personnes, et non les remplacer » (§ 9.1). Le pape demande d’« éviter toute technophobie », mais exige aussitôt « du discernement dans la planification de l’enseignement, l’évaluation, les plateformes, la protection des données et l’égalité d’accès » (§ 9.2).

« L’essentiel n’est pas la technologie, mais la manière dont nous l’utilisons. »

Lettre apostolique, § 9.3

L’intelligence artificielle sous critères d’éthique publique

Sur l’IA, le texte est précis : l’intelligence artificielle et les environnements numériques doivent protéger la dignité, la justice et le travail, et être « régis par des critères d’éthique publique et de participation » (§ 9.3).

La « numérisation humaine », nouvelle priorité

Léon XIV ajoute trois priorités aux sept parcours du Pacte éducatif mondial lancé par le pape François (§ 10.3). L’une d’elles concerne directement le numérique.

Les trois priorités ajoutées par Léon XIV

  1. La vie intérieure : des espaces de silence, de discernement et de dialogue avec sa conscience.
  2. La numérisation humaine : éduquer à un usage judicieux des technologies et de l’IA, « en plaçant la personne avant l’algorithme ».
  3. La paix désarmée et désarmante : éduquer aux langages non violents, à la réconciliation, aux ponts plutôt qu’aux murs.

Du texte à la pratique : ce que ce discernement recouvre

La lettre nomme les domaines où exercer ce discernement, sans dire comment. Pour un établissement, plusieurs de ces domaines correspondent déjà à des règles précises.

Ce que la lettre nomme Ce que cela recouvre pour un établissement Cadre applicable
Les plateformes (§ 9.2) Choisir et encadrer l’ENT, le logiciel de vie scolaire, les outils collaboratifs : base légale, hébergement, contrat avec l’éditeur RGPD, recommandations CNIL d’août 2026
La protection des données (§ 9.2) Savoir qui est responsable, tenir un registre, informer les familles, sécuriser les données des élèves RGPD
L’évaluation (§ 9.2) Vérifier si un outil d’IA sert à évaluer les élèves ou à orienter leur parcours Règlement IA : usages éducatifs classés à haut risque
L’IA « sous critères d’éthique publique » (§ 9.3) Écrire ce que les enseignants peuvent faire avec l’IA, et ce qu’ils ne font jamais avec des données d’élèves RGPD et règlement IA
La famille, première éducatrice (§ 5.3) Être transparent avec les parents : information sur les traitements, autorisations claires pour les photos RGPD, Code civil

Les plateformes et la protection des données

Le premier niveau du discernement est de savoir qui décide. Dans un établissement catholique, la responsabilité des données se répartit entre l’OGEC, le chef d’établissement, la tutelle et le réseau.

👉 Pour approfondir : RGPD dans l’enseignement catholique : OGEC ou chef d’établissement, qui est responsable ?

Le second niveau concerne les outils eux-mêmes. En août 2026, la CNIL a publié des recommandations sur les outils collaboratifs dans les écoles, collèges et lycées : base légale, analyse d’impact, hébergement, absence de traceurs publicitaires.

👉 Pour approfondir : Outils collaboratifs en enseignement : les nouvelles règles CNIL du 24 août 2026

L’évaluation et l’intelligence artificielle

Le règlement européen sur l’intelligence artificielle (RIA, aussi appelé AI Act, règlement UE 2024/1689) classe à haut risque plusieurs usages éducatifs : l’admission, l’évaluation des acquis, l’orientation ou la surveillance des examens. Depuis le Digital Omnibus, les obligations correspondantes s’appliquent au 2 décembre 2027.

Ce délai ne dispense pas de s’y préparer : les outils d’évaluation et d’orientation assistés par IA arrivent déjà dans les établissements.

👉 Pour approfondir : IA agentique et mineurs : ce que l’AI Act impose aux outils éducatifs et Digital Omnibus AI Act : le report des obligations ne signifie pas qu’on peut attendre

La famille et la transparence

La lettre rappelle que l’école collabore avec les parents, sans les remplacer, et que l’alliance éducative « se construit avec des processus, des outils et des évaluations partagées » (§ 5.3). Sur le terrain, cette alliance passe aussi par des choses simples : une information claire sur ce que l’établissement fait des données de l’enfant, et des autorisations précises pour ses photos.

👉 Pour approfondir : Droit à l’image des élèves : quelle autorisation pour les photos de classe en 2026 ?

À retenir

La lettre ne recommande aucun outil, ne fixe aucune règle technique et ne se substitue pas au droit applicable. Elle demande un discernement : c’est à chaque établissement, avec sa tutelle, de le traduire en décisions.

Le RGPD et le règlement IA en donnent une partie des moyens, pas le sens.

Par où commencer dans un établissement

  1. Lister les outils numériques utilisés dans l’établissement, y compris ceux adoptés par les enseignants sans validation.
  2. Clarifier qui décide de l’adoption d’un nouvel outil : direction, OGEC, équipe pédagogique.
  3. Repérer les usages d’IA qui touchent à l’évaluation ou à l’orientation des élèves.
  4. Écrire une règle simple pour les enseignants : aucune donnée d’élève (nom, copie, appréciation) dans un outil d’IA grand public.
  5. Informer les familles de ces choix, dans un langage clair.

Ces étapes ne répondent pas à toute la lettre, qui parle aussi de vie intérieure, de paix et de justice sociale. Elles en traduisent la partie numérique en gestes concrets. Pour les établissements qui souhaitent être accompagnés, nous détaillons notre approche pour les groupes scolaires et établissements éducatifs.

FAQ – La lettre de Léon XIV et le numérique

La lettre de Léon XIV impose-t-elle des obligations aux écoles catholiques ?

Non. C’est une lettre apostolique d’orientation, qui donne une vision de l’éducation catholique. Elle ne crée ni obligation juridique ni procédure. Les obligations en matière de données et d’IA viennent du RGPD et du règlement européen sur l’intelligence artificielle.

Que dit la lettre sur l’intelligence artificielle ?

Elle demande que l’IA et les environnements numériques protègent la dignité, la justice et le travail, et qu’ils soient régis par des critères d’éthique publique et de participation (§ 9.3). Elle fait de la « numérisation humaine », qui place la personne avant l’algorithme, l’une de ses trois nouvelles priorités (§ 10.3).

Où la lettre parle-t-elle de protection des données ?

Au § 9.2, où le pape demande du discernement dans la planification de l’enseignement, l’évaluation, les plateformes, la protection des données et l’égalité d’accès. C’est la seule mention explicite, mais elle place la protection des données parmi les sujets de discernement de l’école.

Quelles sont les trois priorités ajoutées par Léon XIV ?

La vie intérieure, la numérisation humaine et la paix désarmée et désarmante (§ 10.3). Elles s’ajoutent aux sept parcours du Pacte éducatif mondial lancé par le pape François.

Quand les obligations du règlement IA s’appliquent-elles aux outils éducatifs ?

Les obligations pour les systèmes d’IA à haut risque, dont plusieurs usages éducatifs (admission, évaluation, orientation, surveillance des examens), s’appliquent au 2 décembre 2027, après le report décidé dans le cadre du Digital Omnibus.

En résumé

La lettre de Léon XIV sur l’éducation, publiée le 28 octobre 2025, place le numérique au cœur du discernement demandé aux écoles catholiques. Elle refuse la technophobie mais exige que la technologie serve la personne. Elle cite expressément les plateformes, l’évaluation et la protection des données. Le RGPD et le règlement IA donnent à ce discernement des points d’appui concrets. Chaque établissement peut ainsi traduire ces orientations en décisions claires.

Sources


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À propos de l’auteur

Christophe SAINT-PIERRE est le dirigeant de MDP Data Protection. Expert reconnu en conformité réglementaire, RGPD, NIS2 et AI Act, il accompagne depuis plus de vingt ans les organisations dans leur transformation numérique.

Sa vision stratégique repose sur l'idée que la conformité ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme un véritable levier de compétitivité, de sécurité et de confiance. Engagé pour une souveraineté numérique européenne, il défend également une approche éthique de l'intelligence artificielle et de la cybersécurité. Lire sa biographie complète.